À la une › Dépistage
Décryptage · DépistageDépistage du VIH en Afrique : où en est-on ?
Sans test, pas de traitement. En 2025, près de neuf personnes séropositives sur dix connaissaient leur statut. Le dixième restant, environ 5 millions de personnes dans le monde, dont une grande partie en Afrique, est devenu la cible prioritaire des programmes de dépistage.
Par la rédaction ·

Le dépistage est la porte d'entrée de toute la riposte au VIH. Une personne qui ignore sa séropositivité ne peut pas être traitée, et peut transmettre le virus sans le savoir. En quinze ans, les pays africains ont multiplié les manières de se faire tester, du laboratoire au domicile. Les résultats sont réels, mais inégaux selon les régions et les publics.
Le premier des trois « 95 »
L'objectif international fixé pour 2025 tenait en trois chiffres : 95 % des personnes vivant avec le VIH dépistées, 95 % d'entre elles sous traitement, 95 % de ces dernières avec une charge virale contrôlée. Le premier palier conditionne les deux autres. D'après la fiche d'information publiée par l'ONUSIDA en juillet 2026, la proportion de personnes connaissant leur statut atteignait 88 % dans le monde en 2025.
Plusieurs pays d'Afrique australe et orientale ont dépassé ce seuil, comme le montrent nos portraits de huit pays. D'autres, en Afrique de l'Ouest et du Centre notamment, restent nettement en dessous. Les chiffres régionaux de 2025 mesurent cet écart, particulièrement marqué chez les enfants.
Le test rapide a tout changé
Pendant longtemps, se faire dépister impliquait une prise de sang, un laboratoire et plusieurs jours d'attente, parfois plusieurs semaines dans les zones rurales. Beaucoup de personnes ne revenaient jamais chercher leur résultat. Le test rapide, qui donne une réponse en une vingtaine de minutes à partir d'une goutte de sang prélevée au bout du doigt, a déplacé le dépistage hors des laboratoires.
Il a permis le dépistage dans les dispensaires de quartier, lors de campagnes mobiles, de journées organisées dans les marchés, les écoles ou les entreprises, et même au domicile, porte à porte. Un résultat réactif est ensuite confirmé par d'autres tests, selon un algorithme national, avant de poser le diagnostic.

L'autotest, pour ceux qui n'osent pas
L'autotest va plus loin : il permet de se tester seul, chez soi, à partir d'un prélèvement de salive ou d'une goutte de sang. L'OMS le recommande depuis 2016. Plusieurs pays d'Afrique australe et orientale l'ont largement diffusé, en pharmacie, dans les centres de santé, ou par distribution « secondaire » : une personne dépistée remet un autotest à son partenaire.
Son principal atout est la discrétion, décisive là où la peur de la stigmatisation freine encore les démarches. Il touche des publics que le système de santé atteint mal, en particulier les hommes jeunes. Un autotest positif doit toujours être confirmé par un professionnel de santé, qui oriente ensuite vers le traitement.
Aller vers les partenaires et les familles
Depuis 2016 également, l'OMS recommande la notification assistée des partenaires : avec l'accord de la personne nouvellement diagnostiquée, un agent de santé propose le dépistage à ses partenaires sexuels et, le cas échéant, à ses enfants. Cette approche permet de trouver beaucoup plus de personnes séropositives qui s'ignorent que le dépistage au hasard. Elle repose entièrement sur le consentement et sur la confidentialité.
La grossesse, moment clé
Le dépistage proposé à toutes les femmes enceintes lors du suivi prénatal a transformé la situation des nouveau-nés. Une femme diagnostiquée peut recevoir un traitement qui protège son enfant pendant la grossesse, l'accouchement et l'allaitement. Grâce à cette stratégie, les nouvelles infections chez les enfants ont baissé de 69 % dans le monde depuis 2010, selon l'ONUSIDA.
Le dépistage des nourrissons pose un problème particulier : les tests rapides détectent les anticorps, et ceux de la mère restent présents dans le sang du bébé pendant plusieurs mois. Il faut donc des tests moléculaires, plus coûteux, réalisés en laboratoire. C'est l'une des raisons du retard de traitement des enfants en Afrique de l'Ouest et du Centre, où seuls 41 % des enfants séropositifs recevaient un traitement en 2025.

Au travail : volontaire et confidentiel
Le lieu de travail est un bon endroit pour proposer un test, à condition de respecter des règles strictes. La recommandation n° 200 de l'Organisation internationale du travail, adoptée en 2010, pose le principe : le dépistage doit être réellement volontaire et confidentiel, et ne jamais conditionner une embauche ou le maintien dans un emploi. En pratique, de nombreuses entreprises africaines organisent des journées de dépistage avec les services de santé publics ou des structures communautaires, qui réalisent les tests et orientent les personnes vers le traitement, sans que l'employeur ait connaissance des résultats. Nous détaillons ces programmes dans notre dossier sur les entreprises face au sida.
Là où le retard persiste
Les écarts restent marqués. Les hommes, en particulier les jeunes hommes, se font moins tester que les femmes, que le suivi de grossesse amène plus souvent dans les centres de santé. Les adolescents, les populations les plus exposées et les habitants des zones de conflit ou très isolées sont moins bien couverts. Le recul des financements internationaux en 2025 menace en priorité le dépistage communautaire et la distribution d'autotests, souvent financés par l'aide extérieure.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, 88 % des personnes vivant avec le VIH connaissaient leur statut ; environ 5 millions l'ignoraient.
- Le test rapide et l'autotest ont rapproché le dépistage des gens, jusqu'à leur domicile.
- Le dépistage pendant la grossesse a fait baisser de 69 % les infections chez les enfants depuis 2010.
- Au travail, le test doit rester volontaire et confidentiel, selon la norme de l'OIT.