Publié le 17 octobre 2026VIH, santé publique, travail · édition Afrique
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Sida en Afrique — l'actualité de la lutte contre le VIH sur le continent

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Sida en Afrique : quarante ans de riposte, de 1981 à 2025

Des premiers cas décrits au début des années 1980 aux injections préventives semestrielles, l'histoire du sida en Afrique tient en quelques tournants : la découverte du virus, la bataille pour des traitements abordables, l'entrée en scène du monde du travail, puis l'arrivée des nouveaux outils de prévention.

Par la rédaction ·

Ruban rouge noué sur fond noir
Le ruban rouge, symbole de la lutte contre le sida depuis 1991.

Quarante ans après les premiers cas, l'histoire du sida en Afrique se lit comme une succession de batailles : comprendre la maladie, obtenir des médicaments, organiser leur distribution, puis prévenir de nouvelles infections. Voici les dates qui ont compté, de l'identification du virus aux outils les plus récents.

Les années noires (1981-1995)

1981. Les premiers cas de ce qui sera appelé sida sont décrits aux États-Unis, chez de jeunes hommes atteints d'infections rares.

1983. L'équipe de l'Institut Pasteur, avec Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, identifie le virus responsable, qui prendra le nom de VIH. La même année et en 1984, des équipes médicales décrivent la maladie à Kinshasa, au Zaïre (aujourd'hui République démocratique du Congo), et au Rwanda : l'épidémie africaine touche autant les femmes que les hommes, ce qui révèle une transmission principalement hétérosexuelle.

1986. Un second virus, le VIH-2, est identifié chez des patients d'Afrique de l'Ouest. Moins transmissible et d'évolution plus lente, il reste aujourd'hui surtout présent dans cette région.

1987. Le premier médicament antirétroviral, l'AZT, est autorisé. Son prix le rend inaccessible pour l'immense majorité des malades africains.

1988. Le 1er décembre devient la Journée mondiale de lutte contre le sida.

Au début des années 1990, l'Ouganda et le Sénégal figurent parmi les premiers pays à mener des politiques de prévention ouvertes. Dans le même temps, l'épidémie explose en Afrique australe. Les recherches menées plus tard sur le virus permettront de dater son émergence : une étude publiée en 2014 situe l'origine de la forme pandémique du VIH-1 à Kinshasa, vers les années 1920, à partir d'un virus de chimpanzé passé à l'homme.

Rotative d'imprimerie, journaux imprimés défilant en sortie de machine
Pendant les années 1980 et 1990, l'épidémie africaine a longtemps été racontée de loin. Photo d'illustration.

La bataille des traitements (1996-2003)

1996. Les trithérapies sont présentées à la conférence internationale de Vancouver. Elles transforment le pronostic dans les pays riches. En Afrique, leur coût, plus de 10 000 dollars par an et par personne, les met hors de portée.

1998. En Afrique du Sud naît Treatment Action Campaign, mouvement militant qui fera de l'accès aux médicaments une cause politique. La même année, le Sénégal lance son initiative nationale d'accès aux antirétroviraux, et des programmes pilotes démarrent en Côte d'Ivoire et en Ouganda.

2000. Durban accueille la conférence internationale sur le sida, la première organisée dans un pays du Sud. En juillet, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution sur le sida, la première de son histoire consacrée à une question de santé.

2001. Année charnière. En février, un fabricant indien de génériques propose une trithérapie pour moins d'un dollar par jour. En avril, les laboratoires pharmaceutiques abandonnent leur procès contre l'Afrique du Sud. Le même mois, à Abuja, les chefs d'État africains s'engagent à consacrer 15 % de leur budget à la santé. En juin, l'Assemblée générale des Nations unies tient une session extraordinaire sur le VIH/sida, et l'Organisation internationale du travail publie son recueil de directives sur le VIH et le monde du travail. En novembre, la déclaration de Doha confirme que les règles sur les brevets ne doivent pas empêcher les pays de protéger la santé publique.

2002. Le Botswana devient le premier pays d'Afrique à offrir le traitement antirétroviral gratuit à l'échelle nationale. En Afrique du Sud, la Cour constitutionnelle impose la distribution d'un médicament évitant la transmission de la mère à l'enfant.

2003. Les États-Unis annoncent un vaste plan d'aide contre le sida, centré sur l'Afrique. L'OMS lance l'initiative « 3 millions de personnes traitées d'ici 2005 ». Fin 2003, l'Afrique du Sud approuve son programme public de traitement.

Johannesburg vue d'en haut dans une lumière dorée de fin de journée
Johannesburg. En Afrique du Sud, l'accès aux traitements a été arraché par la mobilisation de la société civile.

Traiter et prévenir (2004-2019)

2004. Les décès liés au sida atteignent leur pic mondial : 2,1 millions dans l'année, selon l'ONUSIDA.

2007. Après trois essais menés en Afrique du Sud, au Kenya et en Ouganda, l'OMS recommande la circoncision masculine médicale volontaire comme moyen de réduire le risque d'infection des hommes dans les pays les plus touchés.

2010. L'Organisation internationale du travail adopte la recommandation n° 200 sur le VIH et le sida et le monde du travail. Nous en détaillons le contenu dans notre dossier sur les employeurs face à l'épidémie.

2011. Un essai international mené en grande partie en Afrique montre que le traitement réduit de 96 % le risque de transmission au partenaire.

2015. L'OMS recommande de proposer le traitement à toute personne diagnostiquée, sans attendre, ainsi que la prophylaxie préexposition pour les personnes les plus exposées.

2016. L'OMS recommande l'autotest du VIH.

2017. Le Kenya est parmi les premiers pays africains à proposer la prophylaxie préexposition à l'échelle nationale.

2019. L'OMS fait du dolutégravir le traitement de première intention préféré, plus simple et mieux toléré.

Nouveaux outils, nouvelles menaces (2020-2025)

2021. L'OMS recommande l'anneau vaginal à la dapivirine comme option de prévention pour les femmes.

2022. Elle recommande une première injection préventive à action prolongée, administrée tous les deux mois.

2023. L'OMS rappelle qu'une personne dont la charge virale est indétectable grâce au traitement ne transmet pas le VIH par voie sexuelle.

2024. Un essai mené en Afrique du Sud et en Ouganda auprès de jeunes femmes montre une protection quasi complète avec une injection de lénacapavir tous les six mois.

2025. En janvier, le gel de l'aide extérieure américaine désorganise de nombreux programmes. En juillet, l'OMS recommande le lénacapavir injectable deux fois par an. Sur l'année, les financements internationaux reculent de 18 %, analyse notre décryptage de l'année du recul.

Ce qu'il faut retenir

  • 1983 : identification du virus ; 1996 : trithérapies, hors de prix pour l'Afrique.
  • 2000-2002 : Durban, l'effondrement du prix des génériques, le traitement gratuit au Botswana.
  • 2010 : la recommandation n° 200 de l'OIT encadre le VIH au travail.
  • 2025 : l'injection semestrielle arrive au moment où l'aide internationale recule.

Information générale. La Gazette du Ruban est un site d'information générale : ses articles ne sont pas un avis médical. Pour toute question personnelle sur le VIH, le dépistage ou un traitement, adressez-vous à un professionnel de santé ou à un centre de dépistage.